Quel est votre parcours ?

Après 6-7 ans de clarinette à l’ENM du Puy, j’ai suivi 2 ans de cours de piano au GAM de Saint Paulien avant de craquer pour l’accordéon diatonique, et plus tard pour la cornemuse. Parcours scolaire atypique : 2 bacs scientifiques différents / DUT «Mesures Physiques» / 1 an de recherche de travail / DU «Patrimoine oral, ethnomusicologie & développement culturel» et plus tard DE de professeur de musique traditionnelle.
Après l’obtention du DU, j’ai été embauché 5 ans au CDMDT43 (agent de développement culturel, gestion administrative de l’association,… et enseignant en accordéon diatonique et cornemuse, mis à disposition de plusieurs écoles de musique). Par la suite, j’ai été employé directement par les mêmes écoles (jusqu’à 6 écoles la même année pour 30 heures hebdomadaires). Aujourd’hui, j’enseigne aux Ateliers des Arts, au Conservatoire artistique des Sucs et à l’EIMD des Marches du Velay – Rochebaron.

êtes-vous musicien d’un ensemble ?

J’ai été musicien dans une douzaine de groupes différents (de Abribus aux Forgerons du Parquet, en passant par La Forge, Varaï ou bien Double Cheese) et participé à de nombreux projets (hors enseignement). J’ai aussi été acteur-musicien dans un conte théâtral et musical «L’âne ou Le jugement des niais» avec la compagnie du «Théâtre des Innocents» (Esther Gaubert). Ma pratique artistique nourrit ma pédagogie grâce aux idées musicales, répertoires… abordés, aux expériences vécues. Elle est aussi un exutoire : jouer pour soi, avec des amis, et non pas dans l’encadrement d’autres musiciens comme doit l’être un enseignant. Et être musicien donne aussi une légitimité aux discours que l’on peut avoir face à ses élèves, d’autant plus quand ils nous voient sur scène. Pour transmettre une passion, il faut l’entretenir et donc la vivre et s’en nourrir dans différents contextes.

Qu’est-ce QUI Vous A CONDUIT VERS VOTRE MÉTIER ACTUEL ?

Mon poste au CDMDT43 : pour auto-financer une partie de mon emploi, il m’a été proposé de dispenser des cours. J’avais déjà enseigné (job étudiant à Clermont-Fd et Issoire ; cours au GAM de St Paulien ; cours privés) et j’aimais ça. L’envie de transmettre m’anime depuis longtemps, et pas seulement dans la musique. Après mes 5 ans d’emploi-jeune, j’avais tellement développé mes cours que j’avais déjà une vingtaine d’heures hebdomadaires à mon actif. Continuer d’enseigner dans les écoles où j’intervenais s’imposait donc comme une évidence. Par la suite, j’ai démarché d’autres structures pour consolider mon emploi et multiplier les expériences.

Racontez une anecdote OU un souvenir qui vous a marqué au conservatoire.

Je ne garde pas beaucoup de souvenirs de mes années de jeune clarinettiste. Mais je garde en mémoire un concert de Claude Luter (clarinettiste de Sydney Bechet) que mon père m’avait emmené voir au théâtre du Puy : découverte de l’intérieur du théâtre et émerveillement pendant le concert ; nous étions placés au «poulailler», mais même de loin je me sentais porté par la musique de cet artiste, dont nous avions acheté un vinyle à l’issue du concert.
Mais plus fort encore, je retiens la soirée où j’ai flashé sur le diato (un véritable coup de coeur celui-là) : un soir d’été 1992, à Saugues, au spectacle «Le Goguelat». Des musiciens du Morvan proposaient un conte mêlé de musiques. Et j’ai découvert Didier Lonjard au diato, qui jouait aussi bien du trad que du rock et du reggae. En rentrant chez nous, tard dans la nuit, j’ai sauté sur l’accordéon de mon père et j’ai commencé à en tirer quelques notes de mélodies que j’avais en tête.

COMMENT DÉCRIVEZ-VOUS L’AMBIANCE OU L’ESPRIT DU CONSERVATOIRE à l’époque où vous y étiez ?

Habitant Saint Paulien à l’époque, j’avoue que je n’ai pas souvenir d’amitiés créées au conservatoire à cette époque. Et pour moi, le bâtiment avait un côté austère : pour prendre mon cour de clarinette, je devais traverser toute la cour et monter un escalier sombre pour, enfin, accéder à ma salle de cours et mon prof préféré : Claude Gibert. Les salles de FM, au rez-de-chaussée, avaient des gradins en bois, des bureaux d’écoliers à deux places, et les cours y étaient moins ludiques que ceux d’aujourd’hui (il fallait «se taper» deux ans de «solfège» avant de pouvoir enfin apprendre à jouer d’un instrument). Rien de très joyeux, contrairement à ce qu’on y voit aujourd’hui…

Le conservatoire en 3 mots

Découvertes – Rencontres – Plaisirs

Qu’est-ce que cela vous a apporté d’être élève au conservatoire dans votre activité aujourd’hui ?

Ayant abandonné la pratique de la clarinette, ce n’est pas cette formation initiale qui me sert le plus. En revanche, mes acquis en FM me sont utiles aujourd’hui : même si en trad, on privilégie l’oralité dans notre enseignement, les transversalités avec les collègues ou leurs élèves nécessitent ce langage devenu universel : le solfège ; que ce soit pour lire ou transcrire les mélodies, les transposer ou écrire des arrangements.

Quel est le meilleur conseil que vous avez reçu au conservatoire ?

Mes cours de clarinette débutaient toujours par l’écoute du morceau travaillé, joué par mon prof. Et comme, j’avais déjà une bonne oreille, j’alliais oralité et lecture dans le travail de mes morceaux. Mais par dessus tout, voir son enseignant jouer et jouer avec lui était très motivant pour moi (mon second prof de clarinette ne jouait jamais, ni avec ni pour moi). C’est pourquoi je perpétue cette démarche dans ma posture d’enseignant aujourd’hui.

Quels sont vos goûts artistiques aujourd’hui ?

Mes goûts musicaux sont très diversifiés : trad bien sûr (Le grand barouf ; Ma petite…), reggae/ska (Massilia sound system, Madness…), rock (The Hives…), punk (Bérurier noir, The Clash…), funk (Tower of power…)… et j’écoute jazz-radio dans la voiture. Côté classique, j’ai une préférence pour la musique de Haendel.

Un conseil pour nos élèves ou nos futurs élèves ?

Suivez le cercle vertueux : travailler régulièrement fait progresser ; progresser donne du plaisir à jouer ; le plaisir de jouer donne envie de travailler, etc… Mais aussi, soyez curieux, ouvrez vos oreilles à toutes sortes de musiques ; expérimentez de nouvelles occasions de jeu (j’ai joué de la cornemuse dans une carrière de basalte, et la réverb était époustouflante !) ; privilégiez le spectacle vivant : les artistes, c’est tellement plus riche et humain que du streaming sur des plateformes, mêmes gratuites ; ne négligez pas non plus les objets (CDs, vinyles…) car les pochettes/livrets proposent un lien supplémentaire avec les artistes.